Y'a des choses dans la vie, vous en entendez parler tout en vous répétant inlassablement que de toute façon, "ça n'arrive qu'aux autres", comme... Etre victime d'une caméra cachée, gagner à l'euromillion, faire une découverte qui va changer le monde, faire un sudoku en moins de cinq minutes alors que c'est niveau expert, ne pas avoir l'air idiot en mâchant un chewin-gum...
Moi, je pensais que jamais je ne resterai coincée dans un ascenseur.
J'ai eu tort.
Mais alors que je vous arrête tout de suite, ça ne se passe pas DU TOUT comme on l'imagine. Non parce que je suis restée coincée pendant 45 minutes dans l'ascenseur de ma résidence universitaire avec 7 autres personnes et je peux vous dire que la réalité flanque une sacrée gifle à tous ces stéréotypes qu'on peut avoir dans la tête.
Déjà, il n'y avait parmi nous aucune femme enceinte, aucun enfant allergique à je ne sais quoi. On monte dans l'ascenseur, on demande à aller au 2e, il y va; ou du moins semble y aller. Rigolotte comme tout je lance un "Tiens, il est bloqué !", pensant que les portes ne tarderaient pas à s'ouvrir mais que nennni.
Alors oubliez le romantisme de toutes ces scènes de premières rencontres amoureuses, ou de ces scènes d'amour où les héros se retrouvent seuls au beau milieu de l'ascenseur attendant désespérément les secours et trouvant finalement de quoi s'occuper de façon beaucoup plus agréable. Non, en vrai, on était huit, trois garçons, cinq filles, dont une avec son sac poubelle (encore heureux, elle fait le tri, c'était le carton et tutti quanti). Personne n'en menait bien large, surtout quand on s'est aperçu qu'on était vraiment coincé et que la bête de nous répondait plus, ni à nous ni à nos amis à l'extérieur qui tentaient vainement de le faire remonter jusqu'au 2e.
Pour détendre l'atmosphère, les garçons pensaient à leurs pizzas qui allaient être froides, moi je proposais de chanter des chansons mais bizarrement ma proposition a été rejetée. Puis est venu un moment où on nous a dit, de dehors, d'appuyer sur le bouton avec un téléphone qui était supposé nous mettre en relation avec une dame de la compagnie d'ascenseurs. Alors le super-héros qui normalement débarque toujours avant qu'il y ait une vraie catastrophe dans les films, je pense qu'il était plongé dans un profond coma, pauvre de lui. Dociles, on appuie. Au bout de dix minutes de coinçage, on a une madame.
Et là c'est folklo.
Non parce que juste être bloqués, c'est vrai, ça n'aurait pas été aussi drôle que là : être bloqués avec un bout du fil une dame qui comprend rien a ce que vous lui dites et qui au bout du compte finit par vous raccrocher au nez quand alors que vous lui donnez le nom de votre résidence, elle vous le répète en disant "George 5, c'est bien ça ?", et que tous les autres dans l'ascenseur lui hurlent dessus en lui donnant le nom correct.
Pas de voix suave, grave et terriblement sexy au bout du téléphone, donc, désolée de briser le rêve de tous.
Alors du coup, comme passer la nuit dans l'ascenseur n'était pas vraiment ce qu'on avait prévu, voilà que les pompiers ont été appelés (et ceux qui me connaissent peuvent facilement imaginer l'état dans lequel j'étais - pour ceux que ne me connaissent pas, imaginez qu'on vient d'annoncer à un enfant qu'il peut manger autant de bonbons qu'il veut et qu'il ne sera jamais malade), histoire de rendre la situation encore plus cinématographique. Entre temps, plusieurs gens avaient été mis au courant et les garçons avaient tenté de trouver quelqu'un pour récupérer leurs pizzas à leur place, mais c'était assez compliqué à gérer.
Les pompiers sont arrivés, et non, pas torse nu, pas luisant de sueur, aucun coup de foudre avec l'un d'eux, ils étaient d'ailleurs pas franchement folichons (alors expliquez moi à quoi ça sert d'être bloquée dans un ascenseur si les pompiers ne répondent même pas à certains critères, hein ? NON MAIS OU VA LE MONDE FRANCHEMENT ?), et après nous avoir filé de bons coups de stress ("ne sortez pas, si jamais l'ascenseur se met en marche quand vous passez vous serez coupée en deux", ou "ARRETE TU EMPORTES LA PORTE ROUGE LA", ou encore "Mais elle est où cette clé bon sang", et "Bougez pas surtout", accompagnés de gros coups donnés contre les portes de l'ascenseur, nous avoir plongés dans le noir une seconde et demie qui nous a parue être au moins dix secondes), ils ont réussi à remonter l'ascenseur et a nous faire sortir.
Et non, toujours pas comme dans les films, il n'y avait aucune foule en délire qui nous attendait, aucun enfant qui court dans les bras de sa mère, aucun journaliste qui saute sur les pompiers et les félicite pour cette mission dangereuse, aucun coup de foudre à la sortie de la machine infernale. Rien a part la pression qui retombe, le ventre qui gargouille, et tout le monde qui se promet de ne jamais reprendre un ascenseur.
Voilà ma folle aventure du jour.
Et le pire dans tout ça, c'est que j'suis morte de rire rien que d'y repenser. Parce que franchement, on devait avoir l'air bien con.